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Comprendre le marché de l’aéronautique pour y diversifier son activité

News International-French

21 May 2019

Une quinzaine d’entreprises bretonnes dont le cœur d’activité est la voile de compétition, se sont réunies pour comprendre le marché de l’aéronautique. Cette Matinale du programme Eurolarge Innovation, organisée en partenariat avec le cluster IEF Aéro, a posé les fondamentaux de ce marché afin de donner toutes les cartes aux participants qui veulent s’y diversifier. Les éléments d’une étude de marché menée par Bretagne Dévelopement Innnovation, sur la constitution d’une filière aéronefs légers en Bretagne et ses opportunités, ont également été révélés.

Comprendre le marché de l’aéronautique pour y diversifier son activité

L’aéronautique, potentiel gisement de diversification pour la voile de compétition
Après un premier tour de table qui a fait émerger les souhaits et les enjeux de la matinale pour chacun, Bruno Sapin, Président du cluster IEF Aéro, Chargé d’affaires Aéronautique et Défense chez Stacem et Yann Dieulangard, chef de projet études chez Bretagne Développement Innovation, ont présenté à deux voix le panorama de l’aéronautique au niveau mondial, national et régional.

De ce panorama, que faut-il retenir ?
Un CA national cumulé de 64 Milliards d’euros ;
La France 1er exportateur mondial ;
Plus de 90 000 emplois mobilisés au sein de 180 entreprises ;

Des perspectives du marché très engageantes comme souligne Yann Dieulangard:

« Un carnet de commandes plein sur les 10 ans à venir avec un doublement de la flotte mondiale d’avions d’ici 2036 pour plus de 10 Milliards d’euros »

Toutefois, ce tableau prometteur reste à nuancer : la filière doit aujourd’hui faire face à un secteur du transport aérien en profonde mutation. L’évolution du coût du carburant, les contraintes réglementaires et la concurrence acharnée des compagnies met en tension l’ensemble du secteur aéronautique qui doit se réinventer et trouver des axes de diversification, sans parler de l’arrêt de gros programmes (A380, moteur d’innovation), ou la nécessaire poursuite de programmes déjà vieux de plus de 40, voire 50 ans (A320, B337) à des fins de rentabilisation maximum.

Pour la Bretagne, qui n’est pas considérée comme une grande terre aéronautique, c’est bien dans ces espaces sous contraintes nouvellement créés que peuvent s’ouvrir des opportunités de développement et de croissance : innovation sur le produit, innovation dans le process, tant pour les acteurs déjà présents dans l’aéronautique et représentés par IEF Aéro que pour de nouveaux entrants de la voile de compétition fédérés par Eurolarge.

Pour les premiers, comme le soulignait B. Sapin, le positionnement dans les matériaux composites, la mécanique de précision, la chimie/plasturgie ou encore les systèmes embarqués représentent des niches stratégiques pour la filière.

« Depuis le début de son existence, la filière a toujours fait évoluer ses produits et cherché à utiliser les innovations. On note par exemple une évolution sur les unités de production et les aéronefs. Les composites sont également très utilisés aujourd’hui en aéronautique : sur les radomes, les pièces de structures, etc, et la tendance n’est pas près de s’inverser, compte tenu des atouts de robustesse, de légèreté des composites et de rapidité de production des composites. C’est là que c’est intéressant pour la Bretagne.»

Et les entreprises bretonnes l’ont bien compris : en 2017, 160 acteurs de la filière déclaraient travailler en Bretagne dont 40% en 1ère marche. A titre d’illustration, le cluster IEF Aéro fédère 51 membres sur le territoire breton dont 40 entreprises ou associations à vocation industrielle, pour 5000 emplois représentés.

Pour les seconds, acteurs de la voile de compétition, l’intérêt d’une cross-fertilization est évidente. Et quelle meilleure illustration que celle de Multiplast groupe Carboman, constructeur de grand yachts de course en carbone, qui vient d’annoncer sa collaboration avec la société Israélienne Eviation pour construire le futur avion électrique Alice.

Clés d’accès au marché et démarches à engager
Concrètement, quelles compétences sont nécessaires pour accéder au marché si contraint de l’aéronautique ? Frédéric Fourreau, Responsable du développement commercial chez Sense In et ex-Directeur de l’ingénierie des programmes aéronautiques, chez Saint-Gobain (fournisseur de rang 1) a partagé son expérience avec les participants à la Matinale. Après 11 années passées chez Saint-Gobain Sully, il connaît le secteur par cœur. Mais y entrer n’a pas été simple :

« L’aéronautique est un domaine très technique, très normé et avec un langage bien spécifique. Si vous détestez les abréviations, fuyez ! »

Vouloir s’implanter demande également de décortiquer l’ensemble des catégories du marché.

Il est donc possible d’accéder aux programmes rentables progressivement.

Frédéric Fourreau ne le cache pas :

« Devenir fournisseur Rang 1 et Rang 2 est un chemin long, complexe et déjà très emprunté avec un accès très limité. Quelque soit votre activité d’entrée dans l’aéronautique (réalisation de démonstrateurs, entrée sur de nouveaux vecteurs, fabrication d’outillages, etc), la maîtrise des procédés et la structuration qualité sera une nécessité. Mieux vaut être accompagné par des connaisseurs donc pour mener le chemin, ne serait-ce que pour rassurer les clients. Cependant, il faut garder une certaine agilité car elle est une force recherchée par l’aéro…»

Et de prolonger son propos par un clin d’œil en direction des acteurs de la voile de compétition, pour laquelle l’agilité constitue l’une des qualités principales du métier.

Pour conclure la Matinale, et afin d’ouvrir encore les perspectives de diversification en aéronautique pour les acteurs de la course au large, Yann Dieulangard a présenté un focus sur les opportunités de l’aéronautique légère, extrait d’une étude réalisée par BDI au croisement de ce secteur avec les besoins et usages maritimes. Englobant des vecteurs aéroportés de faible poids (ULM, aérostat, avion et hélicoptère léger, mais également certains drones), ce secteur est en forte croissance et il y a tout autant un intérêt économique, technologique et réglementaire à s’y intéresser.

Economique car que ce soit pour répondre à des usages actuels ou des besoins émergents, la tension sur les coûts de mission (heures de vol) avec des aéronefs classiques est forte. Y répondre par des vecteurs légers, potentiellement autonomes ou semi autonomes, apparaît comme une voie prometteuse.

Technologique car l’aéronautique légère apparaît comme un laboratoire pour l’aéronautique classique. Elle offre la possibilité d’exploiter un « mix » de nouvelles technologie très intéressantes à intégrer sur des marchés de niche qui sont amenés à se développer : aéronef à moteur électrique ou à hydrogène, aéronef communiquant et sécurisé, aéronef sans pilote, utilisation généralisée du composite pour alléger les structures.

Réglementaires car, bien que leurs usages doivent être réalisés en contextes restreints, la dimension sécuritaire s’insère dans un cadre plus souple. De fait, il devient possible d’accéder à ce marché sans nécessairement devoir engager des procédures de certifications longues et coûteuses qui peuvent fragiliser une TPE/PME.

Sur l’ensemble de ces dimensions structurantes, la Bretagne ne manque pas d’atouts : conception des structures, matériaux composites, sécurisation des communications, guidage et autonomie de vol, vol augmenté, technologie d’imagerie… La liste des axes d’innovation sur laquelle la région peut se positionner n’est pas minime. Elle se développe ainsi chez plus de 400 entreprises représentant 5 000 emplois, 50 structures de recherche et 1000 chercheurs ; 65 acteurs de la formation et 27 offres de formation ; plus de 10 structures d’accompagnement à même d’accompagner, d’animer et de structurer le tissu de compétences ainsi identifié. C’était donc bien une filière aéronautique renforcée par les compétences et savoir-faire d’autres filières d’excellence– dont celle de la voile de compétition – qui se dessinait lors de cette matinale du 29 mars.

Témoignage d’un participant : Jean-Paul Dufau, Heol Composites:

« Notre écosystème Sailing Valley est riche d’expertises pointues et complémentaires. Les solutions développées dans le contexte exigeant de la voile de compétition sont transposables à d’autres secteurs d’activités confrontés aux mêmes enjeux d’allègement des structures, d’innovation et de fiabilité. Ainsi HEOL Composites bien connu pour ses appendices et espars, est fournisseur d’Airbus en second rang depuis 12 ans, a déjà fabriqué des semelles de longerons d’aile pour 400 aéronefs légers et travaille avec des fabricants de drone. A l’occasion de cette matinale Eurolarge, nous avons mieux perçu les perspectives offertes par le secteur aéro, les clés d’accès et l’apport du cluster breton IEF AERO. Comme sur le JEC où HEOL a bénéficié de l’accompagnement de BDI, nous réfléchissons à présenter au Bourget nos solutions brevetées creuses et monoblocs. »