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Un béton à base de terre et de lin

News International-French

7 Feb 2012

L’inauguration du premier bâtiment construit à partir d’un nouveau matériau baptisé le cematerre, à Gonfreville L’Orcher, en Seine Maritime est prévue prochainement. Version revisitée du pisé, il est composé de terre, de chaux, de fibres de lin et de ciment, se manie comme du béton et présente de surcroît de très bonnes performances d’isolation phonique et thermique. Une alternative économique et écologique à la construction en béton.

Les pisés sont des matériaux emblématiques de l’éco-construction : ils utilisent des ressources locales, la terre et des fibres naturelles faisant liant, le tout bien tassé dans des coffrages. Mais comment conférer à ce matériau une meilleure résistance et une maléabilité compatible avec les pratiques actuelles de construction ? Pour réaliser un tel matériau, Alain Lefebvre, dirigeant d’une entreprise de génie civil et créateur de la société Cematerre, s’est associé à un ingénieur et à deux chercheurs du Laboratoire ondes et milieux complexes (LOMC) de l’université du Havre-CNRS. Ensemble, ils ont mis au point en 3 ans un matériau à base de terre stabilisée répondant à la fois à des contraintes de développement durable et aux normes actuelles de construction.

 


Le matériau est composé de limon argileux (86%), de chaux (3%), de ciment (10%) et de fibres de lin (0,4%), la formule changeant en fonction des applications. La chaux flocule et assèche les argiles, le ciment stabilise le matériau pour le rendre dur, la fibre sert de liant pour éviter le retrait et la fissuration, et l'eau permet d’obtenir une matière pouvant être placée en coffrage. Baptisé cematerre, ce matériau présente une résistance mécanique 6 fois supérieure à celle du pisé et des capacités d’isolation sonore et thermique 3 fois supérieures à celles du béton. Le lin a été choisi car les biomatériaux constituent un des débouchés de la filière en Normandie. Sa culture est de surcroît peu gourmande en eau et peu productrice de CO2. Les murs ne demandent aucune protection extérieure ni ne nécessitent d’entretien de surface car c’est un matériau naturel respirant. Le procédé est lui-même intéressant car la fabrication se déroule sur le chantier grâce à une centrale mobile qui malaxe jusqu’à 100m3 par jour les ingrédients avant de couler le matériau dans des coffrages et de le vibrer. La terre est prélevée sur place, réduisant ainsi les dépenses énergétiques liées au transport des matériaux.

 


Seul inconvénient : le cematerre ne convient qu’à des édifices simples ne présentant pas de contraintes particulières car les murs doivent être 3 fois plus épais pour compenser une solidité inférieure au béton. Ils mettent également 1,5 fois plus de temps que le béton pour sécher.

 

L’entreprise a reçu le trophée de l’innovation 2011 organisé par les CCI du Havre, de Fécamp-Bolbec et du Pays d’Auge et le trophée 2011 décerné par le réseau GRANddE (réseau d’entreprises normandes promouvant le développement durable) avant de signer une convention quadripartie avec l’université du Havre, le CNRS et Gonfreville L’Orcher pour lancer la première réalisation en cematerre. Débuté en juin 2011, le bâtiment de 300 m2 au sol sur 2 niveaux sera inauguré le 23 février. Bien qu’encore en phase de développement industriel, le coût de la construction est identique à celui réalisé avec des matériaux traditionnels et devrait diminuer grace à la récupération des matériaux de base sur le site.


Ce premier bâtiment a été instrumenté par le Laboratoire ondes et milieux complexes afin de poursuivre les études du matériau sur une durée de 10 ans.
Un second bâtiment, un hôpital de pédopsychiatrie à Dieppe est aujourd’hui en construction et d’autres projets sont en cours. « Le matériau cematerre a devant lui un très grand avenir par le fait simplement que les marges de développement et d’amélioration sont énormes » souligne Saïd Taïbi, chercheur au LOMC. La résistance du matériaux devrait encore être accrue et l’entreprise continue ses recherches afin d’obtenir des résultats similaires avec d’autres fibres (coco, chanvre, etc.) et pouvoir ainsi exporter sa technologie dans des milieux disposant d’autres ressources locales.



Plus d'informations : www.cematerre.com