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Safilin ré-ouvre une filature en France

Découvrez les premiers chapitres de cette histoire au travers des mots d’Olivier Guillaume, président de Safilin.

Safilin ré-ouvre une filature en France
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En quelle année avez-vous filé votre dernière bobine de fil en France ?
Olivier Guillaume, président de Safilin: Alors que nous avions déjà amorcé notre implantation en Pologne à la fin des années 90, la volonté était de préserver en parallèle une production en France pendant que toutes les filatures de lin ouest européennes s’arrêtaient les unes après les autres. Cependant, l’accélération de la mondialisation avec une très forte montée en puissance de la Chine, la suppression des quota sur les importations en Europe de produits chinois qui allait inonder le marché avec des prix de fil divisés par 2 nous ont malheureusement amenés à envisager l’arrêt de l’usine de filature en France dont la dernière bobine a été filée à Sailly Sur La Lys en 2005.

Pourquoi rouvrir une unité de filature en France?
Olivier Guillaume: Depuis plusieurs années, certains de nos clients industriels mais également plusieurs marques et parfois même des consommateurs s’étonnaient qu’une fibre aussi vertueuse que le lin ne soit plus du tout filée sur son territoire de culture. Or, nous constatons un changement de paradigme fort dans les codes de consommation et les attentes du consommateur, tant en termes d’empreinte environnementale que sociale, ainsi qu’une exigence de plus en plus affirmée d’une traçabilité et de produits locaux. De plus en plus de marques souhaitent évidemment adresser ces attentes nouvelles mais profondes, et le lin semble tout indiqué pour y répondre. Encore fallait-il compléter sur le territoire la chaîne de valeur, et Safilin étant le plus reconnu des filateurs de lin, nous avons été sollicités pour travailler ce projet et avons décidé de répondre présents.

Il ne s’agit pas à proprement parler de relocalisation mais d’un outil nouveau en France accompagnant notre croissance. En effet, nous allons continuer de soutenir notre outil et nos collaborateurs en Pologne dont la production alimente la demande européenne mais également japonaise, tandis que notre nouvelle filature en France apportera une offre complémentaire aux marques désireuses de proposer à leurs clients un produit 100% transformé en France de la plante au produit fini. Cette nouvelle capacité représente 10% de la capacité de production installée en Pologne et adressera donc ces nouveaux marchés.

Où se situera la filature et qu’est ce qui a motivé ce choix?
Olivier Guillaume: Safilin a été et reste un acteur attaché à la région qui nous a vu naître en 1778, les Hauts-de-France. De surcroît, les Hauts-de-France produisent et transforment 35% du lin français, et réunit sur son territoire de nombreux acteurs de la chaîne textile, de l’agriculture au teillage, du tissage à l’ennoblissement et la confection dont certains seront contributeurs à l’activité de filature en France en tant que prestataires, fournisseurs et clients, donc une implantation en Hauts-de-France a évidemment tout son sens.

Comment va se passer la réimplantation ?
Olivier Guillaume: Nous avons par anticipation collecté au gré des défections de confrères du matériel de filature d’origine, seul capable de garantir un bon niveau de qualité. Ce matériel est actuellement en cours de remise à niveau, nous réglons les machines telle une horlogerie suisse, et ce matériel sera donc transféré et installé en France dans les prochains mois.

En ce qui concerne la formation des collaborateurs, le métier de filateur a totalement disparu du territoire et nous devons donc réintroduire ces compétences. Tout comme à la fin des années 90 les compétences ont été transmises de la France à la Pologne, nous allons donc assister à un juste retour des choses puisque nos formateurs polonais s’enthousiasment aujourd’hui de contribuer à la formation de nos futurs fileurs et fileuses en France. Nous sentons déjà à travers leur enthousiasme la fierté et la volonté d’entraide qui les animent. C’est vraiment une belle histoire à la fois industrielle et humaine que nous allons vivre.

Combien de personnes travailleront dans cette filature en France ?
Olivier Guillaume: Nous prévoyons l’embauche de 30 personnes fin 2021 qui accompagneront la première phase de montée en puissance du site, et prévoyons déjà 20 embauches supplémentaires dans les 3 ans qui suivront le démarrage de la filature en France. Dans le contexte que nous vivons, c’est la contribution de Safilin à un bassin d’emploi en demande.

Quelle sera la quantité de fil produite ?
Olivier Guillaume: A terme nous prévoyons de produire 350 tonnes de fil par an.
Nous allons réintroduire en France les 2 technologies de filature spécifique au lin dont nous détenons le savoir faire:
– la filature au mouillé, qui adressera les utilisations mode et linge de lit/table déjà très dans l’attente, à hauteur de 200 tonnes par an
– la filature au sec, pour des fils plus gros et plus rustiques, pour également accompagner les éditeurs de tissus d’ameublement dans leur évolution vers une offre plus éco-responsable

Quel est le public visé par cette réimplantation ?
Olivier Guillaume: In fine, si l’on passe outre les industriels transformateurs, cette filature vise à satisfaire les consommateurs qui souhaitent à travers leur démarche d’achat non seulement se procurer un vêtement beau, agréable à porter, naturel et durable, mais qui associent leur acte d’achat à un vrai “vote” citoyen.

More information https://www.safilin.fr/