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Windfoil « Ergonomie et performance » : les secrets de fabrication des foils des véliplanchistes

Lokefoil, jeune entreprise basée à Saint-Malo, s’est lancée il y a cinq ans dans la fabrication de windfoil et le wingfoil, ces planches à voile équipées de foils à l’instar des bateaux du dernier Vendée Globe. Aujourd’hui, Pierre et Marion Mortefon mais aussi Pierre Le Coq, véliplanchistes de niveau mondial, utilisent leurs drôles d’appendices en carbone. Immersion (ou plutôt émersion…) dans leur atelier.

Windfoil « Ergonomie et performance » : les secrets de fabrication des foils des véliplanchistes
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Entrer dans l’atelier de Lokefoil, au 6 impasse de l’Ablette, à Saint-Malo, c’est comme entrer dans une machine à avancer le temps. Alors bienvenue dans le futur, là où de drôles de formes noires nichent sur les étagères en bois, en attendant de prendre leur envol. Ici, tout ou presque est en carbone. En haut, sur 50 mètres carrés, on découpe des tissus de la précieuse fibre que l’on empile ensuite couche par couche. Le tout est de trouver le meilleur rapport entre épaisseur et rigidité, pour chercher le bon compromis entre ergonomie et performance.

En bas, les tissus empilés passent dans un moule, où l’air est retiré pour loger de la résine pressurisée. Une nuit à chauffer dans une étuve, et ça y est, en voilà un. Un foil, appendice magique que l’on glisse aujourd’hui sous les bateaux pour les faire décoller de la surface de l’eau. À Lokefoil, on équipe des planches à voile. Celles utilisés pour faire du windfoil et du wingfoil, disciplines en plein essor.

Lokefoil, jeune entreprise basée à Saint-Malo, s’est lancée il y a cinq ans dans la fabrication de windfoil et le wingfoil, ces planches à voile équipées de foils à l’instar des bateaux du dernier Vendée Globe.

Cela fait cinq ans que Kevin Festocq, Malouin d’origine, et le Brestois Loig Peigné dirigent cette petite entreprise. Auparavant installés à la pépinière de Saint-Malo, ils ont investi leur propre atelier voilà un an. Kevin a dix ans de haut niveau derrière lui en windsurf, de ses 12 à 22 ans. « J’ai gagné le mondial chez les – 21 ans, en RS:X, le support olympique, raconte-t-il. J’ai fait les qualifs des Jeux olympiques de la jeunesse et j’ai fait à chaque fois deuxième derrière Pierrot (Le Coq). Mais je ne m’éclatais pas sur le support olympique, c’était bourrin. Je n’avais pas forcément le gabarit pour. »

Alors, Kevin décide de raccrocher la compétition et de poursuivre ses études. À l’IUT de Saint-Brieuc, il rencontre Loig. « On était en cours ensemble, et on a fini en coloc (rires). On a commencé à faire des ailerons au début, des petits cadres de vélo en carbone, on bricolait des trucs. »

Un foil de windfoil se termine par une aile avant et un stabilisateur en carbone à l’arrière. | THOMAS BRÉGARDIS, OUEST-FRANCE
Un foil de windfoil se termine par une aile avant et un stabilisateur en carbone à l’arrière. | THOMAS BRÉGARDIS, OUEST-FRANCE

Ils se mettent alors aux foils, de plus en plus populaires en voile et en kitesurf. Leurs tout premiers prototypes trônent toujours en bonne place dans l’atelier. « Il y avait de l’idée, sourit encore le Malouin. J’avais taillé une aile dans de l’alu que j’avais fait passer dans un moule en plâtre sur ma terrasse à Bordeaux (pendant son Master), en plein centre-ville. Dans nos apparts, sur nos balcons… On en a fait un peu partout (rires). »

Très vite, les essais sont concluants. Leurs planches parviennent à décoller. Les premiers curieux leur demandent un prix. « On répondait : « Non, non, on y a passé toutes nos vacances, même pour 10 000 euros, on le garde (rires) ». On sentait bien qu’il y avait un truc à faire. Beaucoup de personnes qui ont eu des projets similaires ne sont pas allées au bout. Ils avaient 40, 50 ans et ils nous ont dit « les gars, c’est maintenant, sinon, on ne le fait pas ».

Les foils en carbone garnissent l’atelier de Lokefoil, à Saint-Malo. | THOMAS BRÉGARDIS, OUEST-FRANCE
Les foils en carbone garnissent l’atelier de Lokefoil, à Saint-Malo. | THOMAS BRÉGARDIS, OUEST-FRANCE

Ils rompent alors leur contrat qui les lie à leurs premières entreprises pour lancer leur propre affaire dans la Cité corsaire. « Au début, il fallait convaincre les gens que c’était accessible, soutient Kevin Festocq. Même les marques qui vendaient des foils disaient qu’il fallait être bon pour en faire.»

Des foils made in Saint-Malo

« Ça a refroidi tout le monde et c’est grâce à ça qu’on a pu avoir le temps de s’installer sur le marché, complète Loig Peigné. Beaucoup de boîtes utilisaient aussi des foils de kitesurf, sauf que c’était beaucoup trop souple, donc instable. » Les deux camarades ont senti le bon filon. Ils participent aux premiers rassemblements autour du windfoil en France, font des démonstrations, présentent leurs produits au public.

Différentes ailes peuvent être utilisées pour trouver le meilleur compromis entre stabilité et vitesse. | THOMAS BRÉGARDIS, OUEST-FRANCE
Différentes ailes peuvent être utilisées pour trouver le meilleur compromis entre stabilité et vitesse. | THOMAS BRÉGARDIS, OUEST-FRANCE

Et Lokefoil prend son envol. Aujourd’hui, elle est la seule marque française à proposer des foils haute gamme, entièrement composés de carbone et made in Saint-Malo, aussi accessibles au grand public qu’aux champions de la discipline. « Maintenant, les marques arrivent avec des grosses fabrications chinoises, qui déclinent encore et encore, proposent 15, 20 ailes différentes, note Kevin. Sauf que ça ne sert à rien, il faut juste avoir un truc qui marche bien pour se faire plaisir. AFS et Kerfoil fabriquent aussi les leurs dans le Finistère, mais ils ne sont pas représentés sur les championnats du monde. »

Kevin Festocq a en effet su jouer de son réseau dans le haut niveau pour pouvoir attirer des ambassadeurs de luxe. Pierre Mortefon, champion du monde de windsurf et médaillé de bronze en Formula Foil l’an passé, s’équipe chez Lokefoil. Tout comme sa sœur Marion, vice-championne du monde, ou encore Pierre Le Coq, médaillé de bronze des Jeux olympiques de Rio 2016 en RS:X. « William Huppert, l’un de nos salariés, participe aussi au circuit mondial, donc ils naviguent avec eux de mars à septembre, sourit Kevin. Ça a créé un lien et ça nous donne tous les retours d’expérience. »

« C’est du boulot, poursuit Loig. Il faut répondre à leurs attentes et être tout le temps dans le développement. Pour qu’une pièce soit homologuée, il faut qu’elle existe en série, et donc qu’elle plaise aussi au grand public. » Là est la force du binôme breton. Loig Peigné a toujours fait de la planche au niveau amateur alors que Kevin Festocq a écumé les plus grandes compétitions. « Il fallait que j’arrive à en faire et que Kevin puisse retrouver le côté plaisir, vitesse, assure le premier cité. Au début, on ne comprenait rien niveau équilibre, comment régler les ailes, etc. On sortait un truc, et Kevin me disait « t’inquiète, tu vas réussir », et je ne tenais pas debout (rires). Tant qu’on ne pouvait pas naviguer tous les deux comme on le voulait, on continuait de chercher, ce qui fait qu’on a réussi progressivement à sortir des trucs accessibles. On a bluffé tout le monde là-dessus, on était complémentaires finalement. »

Les tissus en fibres de carbone sont passés dans un moule, où le vide est retiré. | THOMAS BRÉGARDIS, OUEST-FRANCE
Les tissus en fibres de carbone sont passés dans un moule, où le vide est retiré. | THOMAS BRÉGARDIS, OUEST-FRANCE

De 800 à 2 700 euros

Accessibles, car Lokefoil fait également fonctionner le marché de l’occasion en sortant des foils adaptables aux planches premières générations. Il vaut mieux, car « foiler » n’est pas donné. Comptez 800 à 1 000 euros pour une entrée de gamme de foil en aluminium neuf. Sauf que « l’alu, ça vieillit super mal, prévient Kevin. En un an, si tu ne l’entretiens pas bien, c’est fini. Alors que nos foils en carbone qui ont cinq ans, on les retape un peu et on peut les réutiliser facilement. » Le modèle grand public de Lokefoil se situe lui à 1 900 euros et monte à 2 700 euros sur le modèle de course. Ajoutez les ailes (450 euros environ chacune), une planche (2 000 euros neuve), un gréement (1 000 à 1 200 euros), un wishbone (200), une voile (700) et l’ensemble peut facilement dépasser les 5 000 euros. Pour débuter, l’idéal reste alors de se lancer dans le wingfoil, dont l’aile gonflable vous comptera environ 800 euros.

Les prix d’un foil varient de 800 à 2 700 euros. | THOMAS BRÉGARDIS, OUEST-FRANCE
Les prix d’un foil varient de 800 à 2 700 euros. | THOMAS BRÉGARDIS, OUEST-FRANCE

Si les confinements successifs n’ont pas aidé à atteindre les objectifs fixés l’an passé, Kevin et Loig ont tout de même observé une tendance encourageante. « Les gens nous disent qu’ils ne vont pas voyager cette année donc ils veulent se faire plaisir. » Aussi, en 2021, Lokefoil espère quasiment doubler les chiffres de 2020 (ils avaient vendu 270 foils). « On peut commander par internet, en passant directement nous voir ou auprès de nos réseaux de distribution en France, en Europe et un peu à l’international (Japon, Nouvelle-Zélande, Antilles). »

La jeune entreprise, qui emploie aujourd’hui six salariés, espère bientôt s’agrandir. « Ça nous change la vie, jubile Kevin Festocq. Avant, on était deux pour tout gérer, la paperasse, etc. On découpait nos tissus de carbone à la main, au cutter ! » Mais ça, c’était le passé. Depuis, le futur est arrivé. Des amis de Loig et Kevin leur ont ainsi demandé de leur confectionner un foil pour… vélo. Imaginez, un vélo volant, pour « pédaler » au-dessus de l’eau…

Cet article a été rédigé par Christophe PENOIGNON, pour Ouest-France.
Photo Thomas BRÉGARDIS.

More information www.lokefoil.com